La peur constitue chez les chiens comme chez les humains une émotion salvatrice car elle permet de fuir ou de se défendre contre un danger. Cependant, lorsqu’elle est sans cause rationnelle apparente et envahit le quotidien, elle peut s’avérer très handicapante. Pourquoi votre chien a peur de tout ? Comment l’accompagner vers un apaisement ? Les réponses dans cet article.
Pourquoi mon chien a peur de tout ?
Diverses causes peuvent être à l’origine d’une peur chronique chez votre chien qui parfois se cumulent amenant des troubles du comportement comme de l’agressivité par peur de l’autre ou des fuites qui amènent à des mises en danger.
L’influence de la génétique
Certaines races, et certaines origines pour les chiens croisés, peuvent prédisposer les chiens à une forme d’hypersensibilité qui les rend plus craintifs et donc plus réactifs face aux aléas du quotidien. Selon une étude finlandaise réalisée en 2020, c’est notamment le cas des Schnauzers nains et des chiens d’eau espagnols. D’autres races sont connues pour leur tendance à se cacher ou à se montrer agressives par peur comme le Chihuahua, le Colley, le Berger Shetland ou le Lévrier. Toutefois, il ne s’agit là que d’une prédisposition : l’éducation peut aider à renforcer la tendance ou l’effacer.
Le modèle parental
Un chiot issu d’une mère craintive peut se montrer plus sensible face aux inconnus ou aux stimulations de l’environnement. Déjà, in utéro, la mère transmet des signaux biologiques et hormonaux au fœtus, incluant des réponses liées au stress et à la peur. Ensuite, l’éducation primaire du chiot se fonde en partie sur l’imitation : il acquiert ses premiers apprentissages en observant sa mère. Si ce modèle parental s’avère fragile, le chiot risque de présenter les mêmes failles.
Des liens maternels perturbés
Certaines chiennes ont un comportement maternel peu développé ou inadapté. La mère peut fuir le contact avec ses chiots et ainsi générer un sentiment d’insécurité important. Elle peut se montrer incapable de les nourrir par insuffisance de lait ou par un comportement de rejet quand les chiots s’approchent des mamelles. Elle peut également développer une instabilité ou une agressivité qui ne permet pas de rassurer le chiot.
Une mauvaise socialisation
Même si la chienne s’avère être une mère aimante et bienveillante, une mauvaise socialisation chez l’éleveur et/ou chez le propriétaire peut provoquer des peurs chroniques chez le chiot et le chien adulte. Pour rappel, la première phase de socialisation (socialisation primaire) débute avec les premiers pas du chiot vers le monde qui l’entoure à 3 semaines de vie et se termine vers 12 semaines (3 mois). La seconde phase (socialisation secondaire) dure de ses 3 mois à ses 16 mois. Plus précisément :
- Au cours de la socialisation primaire, le chiot réalise ses premières expériences sensori-motrices (marcher sur un carrelage, un tapis, un parquet, des cailloux, etc.). Il effectue aussi des apprentissages intraspécifiques (comme interagir avec sa fratrie et inhiber sa morsure) et interspécifiques (tels que les interactions avec les chats, les poules, etc.). C’est aussi lors de cette première phase que l’attachement envers l’humain se développe.
- Au cours de la socialisation secondaire, le chiot est assimilable à un enfant qui enchaîne les bêtises. D’où l’importance d’une éducation positive, juste mais ferme. Il peut aussi ressentir des peurs face à des situations nouvelles et a besoin d’être accompagné pour les dépasser. À partir de 6 mois, le jeune chien vit une puberté parfois difficile (aboiement excessif, protection des ressources excessive, impulsivité, etc.).
Un accompagnement et une éducation adaptés permettent de dépasser les peurs du jeune chien et d’en faire un adulte équilibré.
Un traumatisme
Un chien peureux peut avoir subi un traumatisme par le passé qui conditionne ses comportements au quotidien. Il peut s’agir d’une attaque par un autre chien, d’un accident, d’une chute ou de maltraitances humaines. Le traumatisme s’imprime alors autant dans sa chair que dans son psychisme. Une légère stimulation peut alors entraîner une réponse comportementale disproportionnée car alimentée par la peur.
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De quoi les chiens ont-ils souvent peur ?
Même si chaque chien est différent, certains stimuli, et particulièrement les bruits forts entraînent des peurs irrationnelles chez beaucoup de chiens. Citons, notamment :
- Les feux d’artifice et les pétards,
- L’orage,
- Les bruits environnants,
- Les inconnus,
- Les hauteurs et les surfaces, etc.
Ces peurs résultent souvent des causes que nous venons d’évoquer alors que certaines semblent plus liées à la mémoire de l’espèce comme la peur de l’orage : se cacher constitue alors une réaction de survie face au danger réel de la foudre.
Comment rassurer un chien peureux ?
Si votre chien manifeste de la peur, il y a deux possibilités.
Si la peur est légère, ne le prenez surtout pas dans vos bras en le gâtant comme on ferait avec un enfant qui a besoin d’être consolé ! Cela ne ferait que renforcer ses peurs en les justifiant. Ne l’empêchez pas de fuir non plus en le contraignant : il peut alors se montrer agressif et vous mordre. La meilleure chose à faire est de rester calme et indifférent sans le gronder.
En revanche, si le chien entre dans un état phobique, il est crucial de répondre à ses demandes de contact pour l’apaiser et le rassurer. Si toutefois il ne cherche pas de contact, laissez-le tranquille pour éviter toute agression par redirection. Dans le cas d’une phobie, il est important de mettre en place un travail de désensibilisation afin de l’aider à surmonter la situation anxiogène.
Comment faire pour que mon chien soit moins peureux ?
Qu’il s’agisse de la peur d’un objet, d’une situation, de congénères ou de personnes, il est tout à fait possible de rendre votre chien moins peureux. Une émotion, même si elle s’avère bien ancrée, peut se réguler. Pour cela, il faut être patient et pratiquer de façon progressive une confrontation au stimulus anxiogène, lors de courtes périodes répétées régulièrement. Une récompense de forte intensité doit ponctuer chaque effort réalisé. Elle peut même être donnée pendant la désensibilisation constituant ainsi un outil de redirection : on parle alors de contre-conditionnement. Un travail de désensibilisation repose, en effet, sur la variation de l’intensité du stimulus, la distance et la durée : la peur doit être juste décelable mais pas entièrement présente. Vous accéderez ainsi à une extinction du comportement-problème.
Un autre aspect important est la manière dont nous nous positionnons dans l’espace, ce que l’on appelle la proxémie. Pour le chien, se placer face à lui signifie être contre lui, tandis qu’être côte à côte indique qu’on est avec lui. Ainsi, si le chien a peur de quelque chose, il est préférable de ne pas rester à ses côtés, ce qui reviendrait à être ensemble contre le stimulus. Il vaut mieux se déplacer et se positionner épaule contre épaule avec le stimulus phobogène, envoyant ainsi au chien le message que vous êtes rassuré par ce dernier et qu’il n’y a pas de danger. Cela peut inciter le chien, par imitation, à se détendre et à vous rejoindre.
Prenons l’exemple d’un chien qui a peur d’entrer dans le salon depuis que vous y avez installé un superbe lampadaire design. Votre animal vous guette de la salle à manger et refuse de mettre une patte dans le salon alors même qu’il brûle d’envie de vous rejoindre sur le canapé. Commencez par jouer avec sa balle préférée dans la salle à manger (le jeu est un bon support pour une désensibilisation) et posez-la à l’entrée du salon en l’encourageant.
S’il refuse de la prendre, vous pouvez vous asseoir par terre à l’entrée du salon en la manipulant et en l’excitant pour que son impulsion dépasse sa peur. Une autre solution consiste à utiliser l’aliment sous forme de guidance en prenant toujours soin de vous mettre dos ou de côté par rapport au stimulus phobogène (rappelez-vous de la proxémie) et en attirant le chien jusqu’à vous retrouver côte à côte (épaule contre objet). Vous pouvez même “jouer au Petit Poucet” !
À chaque fois qu’il réalise l’action que vous lui demandez, félicitez-le et récompensez-le d’une friandise. Progressivement, installez-vous de plus en plus loin de l’entrée et de plus en plus près de l’objet phobique jusqu’à ce que la peur disparaisse. Si votre chien se bloque à un moment de la progression, retournez à l’étape précédente et persévérez. Et si ça ne fonctionne pas cette fois-ci, ce n’est pas grave : vous recommencerez le lendemain. Généralement, cette désensibilisation est suffisante pour que votre chien peureux s’apaise. Toutefois, si les peurs persistent chez votre animal, contactez un éducateur canin comportementaliste qui pratiquera une rééducation comportementale.
